Histoire méconnue de l’incorporation de force des alsaciens- mosellans




Annexion silencieuse

Dans son projet de pulvériser le « Traité de Versailles » de 1918, Hitler n’évoquait pas l’Alsace-Moselle. Il savait bien que les alsaciens-mosellans seraient farouchement opposés à leur intégration dans le Reich allemand.

 

 

 

Après la débâcle des armées franco-britanniques, lors de la signature de l'armistice du 22 juin 1940, le cas de l'Alsace-Lorraine est passé sous silence. La France de Vichy, sans faire de proclamation officielle, a cédé l'Alsace-Moselle au Reich allemand. Au nom d'une politique de collaboration, comme en 1871, les alsaciens-mosellans se retrouvent à nouveau abandonnés par la France. La défaite de la France a donc donné à Hitler l’opportunité de rattacher ces territoires sans le consentement de leurs habitants.

 

 

 

 

 

 

Germanisation de l'Alsace

Hitler nomma Wagner, son vieux compagnon de route, Gauleiter (gouverneur) de l'Alsace. Il lui donna dix ans pour germaniser l'Alsace et faire des alsaciens de bons national socialistes (Nazi). Wagner s'est fixé comme objectif de le faire en cinq ans. Ce dernier manquait de lucidité car les alsaciens ne sont pas des allemands. Quand on impose et l'on force, cela s'appelle du viol et c’est ainsi que les alsaciens ont vécu cette germanisation, comme un viol.

 

Cependant, au début, les nazis ont marqué des points en venant matériellement en aide aux sinistrés des zones évacuées. En effet, en 1939, lors de l'évacuation des futures zones de combat, il était prévu que l'armée française en collaboration avec quelques civils restés sur place, s'occupe des bêtes et des récoltes en attendant que la vraie guerre veuille bien démarrer.       

Mais notre chère armée française n'a pas été très fair-play, non seulement, en laissant crever bêtes et récoltes mais en pillant et souillant les maisons qu'elle était sensée garder. Cette aide aux évacués fut une belle opération de séduction qui a permis aux nazis de démarrer sur les chapeaux de roues.

Pourtant, le comportement et les mesures brutales prises par les nazis par la suite, poussèrent la population à une opposition farouche qui se manifesta par le peu d'empressement à suivre les ordres et par la création de mouvements de résistance dès la fin de 1940

 

L'interdiction de parler français fut accompagnée de mesures ridicules, telles que l'interdiction du port du béret basque. Les affiches montraient un balai chassant tout ce qui rappelle la France notamment le coq, symbole français. Néanmoins, les alsaciens purent conserver leur coq dans la basse-cour !...

Les noms de rues, des localités à consonance française furent changées, ainsi que des noms de famille. Toutes les inscriptions françaises sur les bâtiments et les monuments sont éliminées. Les occupants ont même exigé que les alsaciens se débarrassent de leurs livres français.

Les Juifs et autres considérés comme indésirables par les nazis sont expulsés du territoire et chassés vers la France non annexée. Il est regrettable qu’ensuite la France de Vichy a mis beaucoup de zèle pour organiser des rafles de juifs pour les expédier vers des camps de l’est.

 

En vu de grossir les rangs de l'armée, les Nazis multiplièrent les organisations paramilitaires où les jeunes étaient plus ou moins obligés de s'inscrire.

Une propagande très active, promettant des avantages considérables pour inciter les jeunes à s'engager dans l'armée allemande, se solde par un échec cinglant. Ce sont majoritairement les fils des fonctionnaires allemands placés sur le territoire qui ont répondu à l'appel.

 

 

L'incorporation de force

Face à l'échec des campagnes de propagande, le Gauleiter Wagner proposa à Hitler l'incorporation obligatoire des alsaciens mosellans dans l'armée allemande. L'État-major allemand n'était pas très chaud et rétorqua que les Alsaciens n'étaient pas fiables et poseraient des problèmes sur le plan de la discipline et de la sécurité. C'était aussi l'avis d'Hitler. Le Maréchal Keitel, Chef du Haut Commandement Militaire a également noté que cette incorporation ferait entrer des éléments subversifs dans la Wehrmacht et plus tard, lors du procès de Nuremberg, il déclarera dans sa déposition que l'incorporation des alsaciens mosellans présentaient plus d'inconvénients que d'avantages.

Par la suite, l'opération Barbarossa qui prévoyait une rapide invasion de la Russie, ne se déroula pas comme prévue. L’armée allemande piétinait sur un large front avec d’importantes pertes. Cela entraina une crise au sein de l’État Major. Hitler a dû commencer à sentir qu’il n’était pas invincible et que le fait de garnir les troupes avec de nouvelles recrues ne serait pas un luxe. Il cessera de faire la fine bouche et donna le feu vert au Gauleiter Wagner pour l’incorporation des alsaciens.

 

Le 25 août 1942, un décret érigé par le Gauleiter Wagner contraignit les jeunes alsaciens mosellans à effectuer leur service militaire dans l'armée allemande. Ce décret fut une violation flagrante de la convention d'armistice de juin 1940 et des conventions de la Haye qui interdisent à la puissance occupante de mobiliser la population d'un territoire occupé.

 

Malgré la colère du peuple alsacien, le gouvernement de Vichy, une fois de plus, n'émit pas de protestations officielles.

 

En 1942, l'incorporation ne concernait que les classes 1922 à1924. Après la défaite de Stalingrad, l'État-major allemand deviendra de plus en plus vorace en étendant l'incorporation à d'autres classes. Ainsi, les réservistes de l'armée française qui ont combattu les allemands en 1940 devront désormais se battre pour les allemands. Certains de ces soldats qui déserteront sur le front de l’est, porteront successivement cinq uniformes différents pour revenir après bien des péripéties, participer à la libération de l'Alsace.

L'État-major allemand, essayera même de faire incorporer une soixantaine d’officiers de réserve de l'armée française dans la Waffen-SS. La plupart résistera jusqu'au bout,  42 d’entre eux seront envoyés dans un camp de concentration, 22 ne reviendront plus, leur convoi ayant été bombardé par les alliés.

 

 

Un régime de terreur s'installe et l'Alsace

Prévoyant une situation explosive à l'annonce de ce fameux décret sur l'incorporation, le Gauleiter a mis en place tout un appareil de répression. Les auteurs des tracts appelant à résister à l'incorporation de force sont arrêtés par la Gestapo et fusillés et deux jeunes responsables de l'attentat contre la voiture du Gauleiter furent décapités.

 

La seule possibilité de désertion passait par la frontière suisse, mais le Gauleiter Wagner avait pris une ordonnance contre ce qu'il appelait « l'émigration illégale hors d'Alsace ». Les biens des évadés, annonçait-il, seront confisqués et leurs parents et  ceux qui vivent avec eux seront déportés. Cela n'empêcha pas des fuites et près de 300 réfractaires arrivèrent à passer en Suisse

Ces désertions exaspérèrent les Allemands qui redoublèrent de vigilance en mettant en place le long des frontières Suisse et Vosgiennes une zone interdite (Sperrbezirk) de trois kilomètres, qui fut encore élargie les mois suivants.

Défiant les terribles représailles exercées en cas de capture, jusqu’à fin1942, 12.000 jeunes gens auron pris la fuite.

Le 10 février 1943, quelques 180 jeunes sundgauviens de Riespach et de 7 villages environnants passèrent la frontière Suisse ; le 11, ils seront suivis par 80 conscrits de la région d’Oltingue ;

Le 13 février 1943, un groupe de 19 jeunes gens partis du village de Ballersdorf vers la frontière suisse, se heurtèrent à des garde-frontières. Une fusillade éclata et la répression nazie sera brutale. Trois jeunes seront tués. Les autres s'enfuiront, mais treize d'entre eux seront arrêtés dès le lendemain chez eux et fusillés le 16 février au camp du Struthof après un jugement sommaire. Un quatorzième subira le même sort un peu plus tard. Il n'y aura en définitive qu'un seul survivant qui réussit à se cacher, puis à franchir la frontière suisse.

 

D'autres recrues qui refusèrent de porter l'uniforme allemand furent emmenées en redressement dans le camp de sécurité de Schirmeck, où les menaces, les tortures et autres mauvais traitements eurent raison de leur résistance.

Environ 45000 récalcitrants, civils ou futur recrus, seront matés au camp de Schirmeck. Dans ce camp séjournèrent aussi des gens arrêtés pour fait mineur.

Ainsi, avant sont incorporation, Alphonse Liechty, un frère de ma mère a été arrêté avec ses camarades conscrits après avoir chanté la Marseillaise dans les rues de Ste Croix en Plaine.

Marcel Ritzenthaler, un artiste au grand cœur, ami de la famille a été arrêté par la Gestapo qui le suspectait de vouloir s’évader à travers des Vosges.  Il avait aussi déclaré : « je suis français et par conséquent, je ne porterai pas l’uniforme allemand ». Après un séjour à la prison de Colmar, il fut  interné à Schirmeck avec son épouse. Il avait effectivement projeté de s’évader en traversant un coin des Vosges qu’il connaissait parfaitement pour rejoindre La Bresse où il avait un contact pour obtenir de fausses pièces d’identité.

 

D’autres, plus récalcitrants, seront transférés au tribunal militaire de Torgau en Allemagne où ils seront, pour la plupart, exécutés.

Ceux qui refusaient de signer leur livret militaire étaient systématiquement envoyés dans des bataillons disciplinaires.

 

La presse locale entretenait un climat de peur en relatant les répressions envers les récalcitrants.

Par exemple, suite à un incident, le jour du conseil de révision d’incorporation de Marcel Jaegle de Kaysersberg, les nazis arrêtèrent ses parents. Le 25 février 1943, un journal local annonça que Monsieur Jaegle père avait été fusillé et son épouse, internée au camp de Schirmeck, sera transplantée en Allemagne avec sa famille.

 

Les arrestations pour faits politiques se multiplièrent et se solderont par 112 condamnations à mort effectives.13.000 autres condamnés seront déportés dans des camps.

 

 Au total environ 27000 civils, dont  un proche a déserté, furent transplantés en Allemagne, Pologne et Silésie après confiscation de leurs biens. Cette répression extrêmement brutale qui a frappé tous ceux qui se sont opposés à l'incorporation de force et ces mesures de transplantation prises à l'égard des familles des réfractaires vont inciter la plupart des malgré-nous à se résigner et répondre à l'ordre d'appel.

 

Ainsi, plus de 100 000 alsaciens et 30 000 mosellans se retrouveront incorporés de force.        

 

Si la plupart seront affectés dans la Wehrmacht, d’autres se verront enrôlés d’office, en 1944, dans la Waffen-SS, une armée d’élite, qui, au début, était uniquement constituée de volontaires fanatiques.

 

Après son service à la Reichsarbeitdienst (RAD) ou "Service obligatoire du travail", mon père Jean BICKEL ira, en janvier 1943, endosser l’uniforme de la Wehrmacht et servir dans une armée qui a tué son frère Alfred, en juin 1940, alors qu’il était sous uniforme français.

 

 Ne faisant aucune confiance aux recrues alsaciennes et craignant leur désertion, les Allemands décidèrent d'envoyer la plupart d'entre eux sur le front russe. La majorité de cette « mauvaise graine » se retrouvera en première ligne comme chair à canon.

 

Ce n'est qu'en 1944, que des malgré-nous se sont retrouvèrent avec leur division sur le front de l'ouest, principalement après le débarquement de Normandie. Le commandement militaire ayant eu, certainement, à ce moment là, d'autres chats à fouetter que de faire le tri.

 

Le haut commandement militaire, ne se faisant aucune illusion quand à la loyauté de ces recrues envers le Reich, interdisait de les affecter dans les services de reconnaissance, de renseignements, dans l'aviation ou sur les navires de guerre. Des mesures étaient prises pour limiter la proportion d'alsaciens-mosellans au sein d'une même unité.

L'incorporation de force a aussi été étendue au Luxembourg ainsi qu'au canton germanophone situé à l'est de la Belgique.

 

Sous un uniforme détesté, dispersés parmi des soldats allemands qui les considèrent comme des « sales français » ou « têtes de français » ces jeunes devaient partir faire une guerre, qui, non seulement ne les concernait pas, mais pire, allaient les mettre face à un "ennemi" allié de la France libre qui avaient la haine féroce pour tous ceux qui portaient l'uniforme allemand.

 

 

Les malgré-elles

Plus de 5 000 jeunes Alsaciennes et Mosellanes seront également incorporées de force. Envoyées en Allemagne pour accomplir leur Reichsarbeitdienst (RAD) comme les hommes avant leur incorporation.

Après une période de six mois dans des camps ces malgré-elles seront incorporées dans la "Krieghilfdienst", le service d'aide à la guerre et affectées comme auxiliaires dans la Wehrmacht, la Luftwaffe, aux transmissions ou dans les usines d'armement. Soumises aux bombardements alliés sur les villes allemandes environ 1000 d’entre elles ne reviendrons plus.

 

 

Départ

 Les rassemblements  des jeunes recrues dans les gares alsaciennes lors des départs vers l'Allemagne donnèrent lieu à diverses scènes de rébellion.

La révolte grondait dans les rues et aux abords des gares lors de l'acheminement des recrues sur les quais de gare. Les colonnes de recrues étaient encadrées par des soldats en armes. Les rues menant vers les gares étaient interdites et gardées. Des huées, vociférations et des chants patriotiques s'élevaient des foules amassées dans les rues adjacentes. De courageux manifestants défiaient les allemands en arborant des drapeaux tricolores  Au début, des fanfares accompagnaient parfois le cortège de recrues mais celles-ci étaient couvertes par des chants français interdits.

 

 

 

 

Vers le front de l'Est     (le 1er à gauche, Jean BICKEL)

 

Désertion

En vue de leur désertion, nombreux seront ceux qui emportèrent puis dissimulèrent à l'intérieur de leur uniforme un bout de tissu tricolore.

 

Déserter, c'est prendre de gros risques et plusieurs malgré-nous ont été pendus ou fusillés par les allemands après l'échec de leur désertion. Pour faire peur et donner l’exemple, les autres alsaciens mosellans du régiment étaient appelés à assister ou forcés à participer à l’exécution de leurs compatriotes.

 

 

D’ailleurs les nazis exécutèrent pour moins que cela. Ainsi, suite à l’attentat manqué contre Hitler, deux alsaciens J.P. Zimmermann de Carspach et Charles Kreutter de Waldighoffen, furent rendus coupables de paroles infamantes envers le Führer en ayant exprimé leur regret suite à l’attentat raté. Battus, enfermés dans une porcherie sous haute surveillance, ils furent jugés par un tribunal composé d’officiers SS qui les condamnèrent à la pendaison. Ils avaient 18 ans. Joseph Husser de Ribeauvillé raconte comment avec tous les alsaciens du contingent il fut contraint d’assister à cette exécution. Ils reçurent des brimades d’un officier qui les menaçait de les pendre à leur tour s’ils ne regardaient pas l’exécution jusqu’à la fin.

Après cela, un officier ne manqua pas de leur préciser qu’il n’avait aucune confiance aux alsaciens. On leur retira même, provisoirement, leurs fusils.

 

Jean Bickel devait également être traduit au tribunal militaire pour insubordinations suite à une simple réflexion par rapport à son incorporation de force. Il échappa au tribunal en raison d’une attaque des soviets entraînant de lourde perte et un repli général dans un tragique désordre. Disloqué et affaibli, son unité mettra quelques jours à se reconstituer.    

 

Sur le front russe, le risque était double, car les déserteurs risquaient autant de se faire fusiller dans le dos par les Nazis que d'être abattus par les Soviets voyant arriver sur eux un homme habillé de l'uniforme ennemi.

L’Union Soviétique n’ayant pas adhéré à la convention de Genève sur le traitement à l’égard des prisonniers, les soldats de l’Armée Rouge pouvaient en faire comme bon leur semblait.

Une énorme machine de propagande destinée à attiser la haine de l’allemand a été mise en place par les autorités. Un matraquage continuel invitait les soviets à tuer l’allemand. Des pamphlets sanguinaires émanant du célèbre écrivain poète Elya Ehrenbourg (1) martelaient « Tuez les tous », « les allemands ne sont pas des humains », « un bon allemand est un allemand mort », « il n’y a rien de plus beau que le cadavre d’un allemand ». On comprend alors pourquoi les soldats soviétiques conditionnés devenaient fou furieux à la vue d’un uniforme allemand et avaient la gâchette facile envers ceux qui se rendaient.

 

 

(1) Ces pamphlets promettaient aux soldats, les femmes allemandes comme butin, et lorsque les troupes soviétiques déferlaient sur l’Allemagne celles-ci ne s’en privèrent pas. Les femmes allemandes n’avaient pas d’autre choix que de se faire violer ou tuer si elles fuyaient, souvent c’était les deux. Rien qu’à Berlin plus de 100000 femmes ont subi des viols, souvent à plusieurs reprises ou victimes de viols collectifs.

 

 

Les soviétiques n'avaient, dans leur grande majorité, pas connaissance du drame de ces Alsaciens et Mosellans. Ne faisant aucune différence entre les malgré-nous enrôlés de force et les engagés volontaires de la « L.V.F. » (Légion des Volontaires Français) et la « Division SS Charlemagne » pour combattre le bolchévisme. Le plus souvent, ils n'hésitaient pas à tuer ces français, les considérant tous comme des traîtres.

 

 

 

Des témoignages comme celui de Charles Thomann d’Ostheim relatent qu’ils ont été sauvés in-extrémis de leur exécution grâce à l'intervention d'un gradé ou d’un commissaire politique encadrant les officiers. Charles, après avoir miraculeusement échappé à une première tentative d’exécution du fait que le pistolet de l’officier s’était enrayé, a dû creuser le trou qui devait lui servir de tombe, fut sauvé grâce l'intervention d'une femme soldat. De nombreux témoignages signalent que d’habitude les femmes soldats se montraient plus cruelles et plus violentes que les hommes

Les exécutions sommaires auraient été régulièrement le fait de soldats mongols, cosaques et autres ethnies de l'est de l'URSS qui n'avaient pas l'habitude de faire des prisonniers. Ceux- là ne savaient probablement même pas ce qu'est la France et le ruban tricolore, brandit par les malgré-nous, n'avait pour eux aucune signification.

 

Parmi les 10000 évadés, nous ne saurons jamais combien ont été exécutés après s'être rendus aux soviétiques.

 

Par la suite, mieux informés de la situation, les soviétiques, en relation avec les autorités de la France libre,ont lancé des tracts aux alsaciens et des appels par haut-parleur pour les inciter à déserter l'armée allemande, et à rejoindre les lignes russes en leur promettant qu'ils seront bien traités et qu’ils pourront rejoindre l’armée du Général de Gaulle.

Hélas, par milliers, ils se sont jetés dans la gueule du loup, dans une captivité plus meurtrière que le front, car les soviets vont  ensuite les laisser "crever" dans le fameux camp de « Tambov ». Un de ceux qu'on a obligé à faire un tract pour inciter ses concitoyens alsaciens à venir le rejoindre dans le "Paradis Russe", , est lui-même mort du terrible traitement subi dans le "Paradis de Tambov". Dans leurs promesses, les russes n'avaient qu'un but, dégarnir les rangs allemands. Beaucoup furent encore accueillis avec une grande brutalité, et, en un rien de temps, dépouillés de tout ce qu'ils possédaient, même de leur ceinture et de leurs bottes. Dents en or arrachées, doigts coupés pour récupérer rapidement une alliance, la violence des soviets étaient sans limite pour récupérer quelques valeurs.

Amenés vers l'arrière du front, beaucoup furent encore malmenés par des soldats soviétiques montant au front. Fous furieux à la vue de la « vermine » allemande, ils se ruaient vers les malheureux prisonniers pour les battre violemment. Leurs gardiens avaient du mal à protéger leurs prisonniers qui arrivaient parfois à destination le visage tuméfié et parfois même avec dents cassées.

 

Même sur le front de l’ouest, les SS capturés ou se rendant aux américains étaient abattus. Par exemple, Armand Durlewanger de Bitschwiller les Thann, lors  d’un repli allemand s’apprêtait a déserté avec ses compagnons alsaciens pour se rendre aux américains. Mais Armand et un autre alsacien nommé Joseph Meyer, sentant le danger, renoncèrent au dernier moment et reculèrent. Par la suite les allemands contre attaquèrent et reprendront le terrain abandonné. Armand découvrit les cadavres des alsaciens déserteurs criblés de balles et son ami André Rohrbach avait la tête écrasée par une chenille d’un char Sherman. Ils s’étaient pourtant séparés de leurs armes et avaient un mouchoir blanc dans leurs mains.

Ce n’est qu’en mars 1945, soit 10 mois après le débarquement que les américains furent informés de la présence d’incorporés de force dans les waffen SS. 

 

 

 

En repos à l'arrière de front Russe. (Assis à l'avant gauche en maillot de bain, Alphonse LIECHTY)

 

 

Le front Russe

 



Dessin Marcel RITZENTHALER

 
Peu de malgré-nous évoquèrent les horreurs vécus sur le front. Jean  Bickel parlait souvent du harcèlement continu des « orgues de Staline ». Un jour, alors qu'il était en première ligne, couché à terre avec un camarade, une balle a ricoché sur son casque  au niveau de la tempe pour atteindre la tête de celui qui se tenait près de lui, le tuant sur le coup…Le destin.

Lors de l'hiver 43-44, il était chargé de ramasser les morts. Ceux-ci étaient difficilement repérables lorsqu'il neigeait. Il lui arrivait de trébucher sur un obstacle qui se révélait être un cadavre. Muni d'une corde, il attachait plusieurs corps, parfois atrocement mutilé, transformé en statue par le gel pour ensuite  les traîner dans la neige et les rassembler vers l'arrière. « A la longue, la vue des cadavres  me laissait  presque indifférent  » disait-’il.

 

Sur le front, pendant les moments d’accalmie, pour séduire les français, les soviets émettaient par haut-parleurs des chansons de Tino Rossi. Jean, qui était un excellent chanteur, interprétait magnifiquement, en imitant sa voix, tous les tubes de Tino Rossi. Il a bien sûr évité de chanter en français, car cela lui aurait coûté cher.

 

En janvier 1944, près de Dneprowka en Russie, Jean fut blessé par des éclats d’obus et sera transféré par train hôpital  vers l’Allemagne.

Quelque mois après, de retour sur le front, Jean avec trois autres camarades alsaciens, fit le projet de s’évader dès que l’occasion se présenterait.

Le 13 août 1944 aux environs de Débicza dans l’est de la Pologne, ils eurent la chance de se trouver tous les quatre en première ligne. C’était le moment propice pour mettre leur projet à exécution. Après avoir échappé à la vigilance des allemands et une course à travers une forêt, mouchoir blanc à la main, à leur grande surprise, ils se sont trouvés nez à nez avec un bataillon féminin.

Alors qu'ils s'attendaient à être accueillis en héros français, voilà qu'ils se firent malmener par une horde de femmes enragées. Les coups pleuvaient de tous les côtés et ils furent démunis de tout ce qu'ils possédaient. Elles prirent même à Jean, la photo de Madeleine, sa fiancée.

Il se trouva face à une femme-officier qui arma son pistolet et le pointa vers son front. Croyant son dernier instant venu, Jean se laissa tomber à genoux mais le coup ne partit pas grâce à l'intervention d'un commissaire politique.

Vraisemblablement, il était venu lui expliquer qu'il ne fallait pas tuer les français. Finalement, ils remirent un certificat d'évasion aux évadés. Ces certificats leur étaient ensuite  retirés dans les camps de regroupement de prisonniers. Cela faisait des mois que les soviets balançaient des tracts sur le front pour inviter les alsaciens mosellans à rejoindre le camarade Staline et De Gaulle, mais l'information semblait mal circuler au sein de leur armée.

 

Regroupé avec des prisonniers allemands, sans chaussures pour la plupart, ce fut, la longue marche vers la captivité, presque sans boire ni manger. « Le pire était la soif » disait-il, « nous devions marcher toute la journée sans ravitaillement.» Les soviets abattaient froidement ceux qui étaient trop faibles pour suivre le rythme. Les morts étaient abandonnés sur le chemin. Charles a vu un de ses compagnons d'infortune sortant du rang pour ramasser un trognon de pomme, se faire abattre comme un chien. D'autres témoignages relatent que des prisonniers furent abattus pour s'être écartés du rang pour ramasser des baies et des plantes au bord du chemin.

 

Lorsqu’une délégation de malgré-nous adressait leurs doléances au commandant du camp, celui-ci leur riait au nez. Malgré les promesses des soviets, il n'y aura pas de régime de faveur pour les français, évadés ou non. Au contraire, comme les soviets se faisaient épauler par un service d'ordre constitué de prisonniers gradés allemands, ces derniers se montraient méprisants envers ces français, les soupçonnant d'être des déserteurs. Ils furent donc  souvent désignés pour les pires corvées par les prisonniers-chefs allemands.

 

Après avoir connu l'horreur de différents camps de prisonniers, ils seront, pour la plupart, regroupés dans un camp pour français. Tous pensaient qu'enfin ils trouveraient un coin de paradis dans cet enfer. Encore fallait-il arriver vivant à destination, car le transit se révélait particulièrement meurtrier en hiver. Armand Zanner rapporte dans son livre, « survivre à Tambov », qu'au départ du camp de Tischwin, ils étaient 241 hommes compressés dans trois wagons de marchandises pendant 17 jours. Il n'y eu plus que 158 survivants à l’arrivées à Tambov.

Après avoir été enfermé dans le camp de Lvov, Jean fut transféré à Moscou pour y travailler comme prisonnier de guerre. A Moscou il eu l’occasion de signé son engagement pour l’armée française. Suite à cela il sera, avec d’autres compatriotes, envoyé à Tambov, camp de rassemblement des français.

 

Les prisonniers, sans manteau, n'avaient pas de tenue adaptée à la rigueur de l'hiver. Lorsqu'ils  étaient pris avec une tenue d'hiver, les soviets leur volaient systématiquement la doublure fourrée de leur vareuse.

Les comptages des prisonniers étaient toujours longs et pénibles en hiver par -20°, - 30° voir - 40° degrés. Les soldats, souvent incapables de compter correctement, recommençaient sans cesse, avec à chaque fois des résultats différents. Pendant ce temps, les malheureux prisonniers frigorifiés devaient sans cesse bouger les doigts de pieds, raidir les muscles, sans arrêt se frotter le nez et les oreilles, pour éviter les gelures irréversibles.

 

 

 


 Dessin Marcel RITZENTHALER

Le camp de Tambov,

 

En arrivant au camp de Tambov, les malheureux durent vite désenchanter en voyant ce camp entouré d’une quadruple rangée de barbelés, de miradors avec des gardes armés. Pourtant il n’y  avait pas d’erreurs, un drapeau français flottait bien dans ce camp. A la vue des bagnards squelettiques qui déambulaient dans le camp, il était atterré et tous ses espoirs d’un meilleur traitement s’envolèrent définitivement.
Arrivé fin novembre, Jean fut encore consterné lorsqu’il apprit que le dernier convoi pour la France libre datait de début juillet, et avec l’arrivé de l’hiver, l’espoir d’un nouveau départ s’amenuisait de plus en plus.
 
Ce camp, dit des français comportait aussi des baraques occupées par des luxembourgeois, des belges et aussi des tchèques, des roumains, des polonais, des allemands et même deux américains. 
 
Dans ce camp, comme dans les autres camps soviétiques les conditions de détention furent inhumaines. Les prisonniers y survivaient dans une effarante promiscuité et dans une hygiène déplorable. La ration journalière a été estimée à 1340 calories alors que les détenus d'Auschwitz recevaient 2000 calories par jour. A ce manque de calories, s’ajoutait l'avitaminose entraînant une forte mortalité par maladie infectieuse.
Typhus, pneumonies, dysenterie et autres maladies, sans compter les gelures, faisaient des ravages. A l'extrême limite de leur force, les malades étaient emmenés vers le lazaret du camp, où, pratiquement sans soins adaptés, très peu en réchappaient.
 
Les baraques contenaient jusqu’à 400 prisonniers. Lorsqu’ils étaient couchés, ils ne disposaient pas d’assez de place pour bouger individuellement sans déranger les autres.
 
Le soleil ne pénétrait jamais dans les baraques humides semi-enterrées. En été, les baraques ainsi que les vêtements étaient infestés de puces, de poux et de punaises.
 
Les travaux forcés avec menaces et punitions étaient souvent au-dessus de leur force et de leur possibilité.
En hiver, la vie était atroce. Le thermomètre descendait souvent à – 40°et cela n’empêchait pas les appels qui duraient plus d’une heure, de se faire à l’extérieur.
Dans de pareilles conditions, leur état physique et moral était au plus bas dans ce pays hostile, sans Croix Rouge, sans aucune nouvelle de la famille et sans pouvoir en donner.
On estime qu'environ un homme sur deux mourait à Tambov après une durée moyenne d'internement inférieure à quatre mois. Durant l'hiver 1944/ 1945, sans nourriture correcte, chaque jour 70 à 80 prisonniers mouraient dans des conditions épouvantables.
Le sol gelé en hiver empêchait l'enterrement des morts. Étant donné que ce camp ne disposait pas de four crématoire, les morts étaient entassés dans une grande baraque. Lors de l'hiver 1944-1945, celles-ci se révélèrent insuffisantes et il  fallut ouvrir les toits au niveau de la faîtière pour engouffrer encore les cadavres.
 
Afin que le séjour des prisonniers soit profitable, les soviets organisaient, sans rire, des cours de rééducation antifasciste. Dommage que beaucoup de ces rééduqués, victimes de leur bourreau, n’aient pu revenir chez eux apporter la bonne nouvelle.
 
Jean, mon père expliquait qu'il devait sa survie à son affectation aux commandos de la forêt. En forêt, il trouvait quelques précieuses vitamines dans les écorces d'arbres, aiguilles et bourgeons de pin. A la belle saison, il pouvait cueillir quelques plantes, baies et racines. Dénicher des nids d'oiseaux pour récupérer les œufs était un luxe.
 
Comme d'autres, lorsqu’il voulait emporter des plantes pour les camarades malades, parfois ils furent empêchés, à coup de crosses ou de bottes par les gardiens.
 
Précédemment, en juin 1944 le Général Petit, attaché militaire de l'ambassade de France à Moscou, a visité le camp de Tambov avec une imposante délégation de civils et de militaires. Il passait en revue ces malheureux français en haillons d'uniformes allemands. L'espoir renaquit, mais leur sort ne s'améliora pas par la suite.
Début juillet 1944, enfin, mille cinq cents prisonniers on été appelés à un rassemblement en vue d’un départ vers la France libre.
Débarrassés de leur loques pourries, ils endossèrent  l'uniforme russe tout neuf. En rang par trois, drapeau tricolore en tête, encadrés par quelques soldats russes, ils sont partis joyeux vers la gare de Rada.
Acheminés en Iran, ils ont été revêtus, dès leur arrivée à Téhéran, de l'uniforme colonial britannique. Convoyés par les anglais vers l'Algérie, ils reçurent l'uniforme de soldat franco-américain. Un certain nombre d'entre eux participera à la libération de l'Alsace.
 
A Tambov Jean Bickel eu l'occasion de rencontrer des amis de Horbourg, son village.
 
Il rencontra Jean Kaennel qui venait d’arriver à Tambov après un long périple depuis Dunabourg en Lettonie jusqu’à Omsk en Sibérie pour ensuite revenir à Tambov. Durant ces longs séjours, dans des wagons à bestiaux, par un froid glacial, il a vu plusieurs de ses camarades mourir.
Auparavant, il avait passé son dix-huitième anniversaire en captivité dans la forteresse de Dunabourg, là même où son père avait fêté ses vingt-et-un ans en 1917 alors que lui aussi, alsacien annexé, se devait de servir sous l’uniforme allemand.
Marcel Ritzenthaler est arrivé à Tambow en janvier 1945, six mois après son évasion. Les russes qui eux aussi appréciaient ses talents artistiques voulurent l’envoyer comme décorateur au théâtre de Mogilev. Marcel n’ayant qu’une idée en tête, rejoindre l’armée française, a dû se faire pistonner pour être transféré à ce camp de regroupement des français. C’est dans ce camp qu’il passera son troisième hiver russe.
Grâce à ses activités artistiques, il reçut un peu de nourriture supplémentaire qu’il partagea avec ses camarades dans le besoin.
Pendant son incorporation, Marcel Ritzenthaler eut l’occasion de se servir plus souvent de crayons et de pinceaux que du fusil. Les officiers allemands faisaient appel à ses talents artistiques et de ce fait ils fermèrent souvent  les yeux face à son insubordination. Déjà lorsqu’il était à la RAD en guise de décoration de Noël, il a peint des pommes de pin aux couleurs bleu, blanc, rouge.
Cependant, un jour il dépassa les bornes et les allemands  décidèrent de le traduire au tribunal militaire. Prévenu à temps par un ami, il réussit à s’échapper en se faufilant dans un champ de maïs.
Proche de la ligne de front, Il a d’abord  laissé passer une première vague de soldats plus ou moins ivres. A la vue d’une voiture avec des officiers, il sortit de sa cachette et bondit devant la voiture en criant « Franzouski ! »  Ayant appris quelques mots de russe en prévision de son évasion, il tenta d’expliquer les raisons de son évasion de l’armée allemande. Malgré cela, un jeune russe qui semblait n’avoir que 14 ans, excité à la vue de l’uniforme allemand, garda la main sur la gâchette en criant qu’il fallait le tuer.
 
 

Prisonniers abandonnés

 
Cette inhumanité, avec laquelle ils étaient traités en tant que français, renforçait leur amertume. Après la visite du Général Petit, comment était-il possible que la France ne s'intéressa pas à leur sort. Après le départ du contingent pour l'Afrique du Nord, les autorités françaises auraient dû être informées que ce camp était un mouroir. On apprit, par la suite, que les autorités militaires de la France libre à Alger, invitaient les malgré-nous, libérés, à se taire à propos de la maltraitance des soviets à leur égard pour ne pas fâcher le camarade Staline.
 
Les mourants exprimaient leur détresse de mourir pour rien, même pas pour un idéal, ni pour libérer l’Alsace … Non, ils mouraient, bêtement, trahis par les soviets et abandonnés par la France.
On estime à environ 10 000 le nombre de jeunes français qui laissèrent lamentablement leurs vies dans l’enfer de Tambov.
 
 

Libération tardive

 
Après l'armistice du 8 mai 1945, une grande partie des prisonniers de Tambov est revenue en France à partir de l'automne 1945. D'autres malgré-nous passeront pourtant plusieurs années supplémentaires en captivité, dans d'autres camps du territoire soviétique.

 

L’attitude du Général de Gaulle

Fin 1944, une liste provisoire de malgré-nous supposés disparus en URSS ainsi qu'un rapport du Général Koenig, sur la détention des malgré-nous fut remis au Général de Gaulle en vue de sa rencontre avec Staline à Moscou mais de Gaulle ne l'emporta même pas.
Le Général Keller a également préparé une lettre au sujet des malgré-nous, destinée à Staline, en demandant au général de Gaulle de la signer. Cette lettre ne fut jamais signer ni envoyée.
En 1945, après la libération, Henri Frenay, ministre des prisonniers, a demandé à de Gaulle d'intervenir pour accélérer leur évacuation, par avion si nécessaire. Celui-ci refusa pour des raisons de diplomatie. Pourtant il était légitime de rapatrier, au plus vite, ces français, que Staline, lui-même, a appelé à déserter pour rejoindre de Gaulle. Frenay fut remplacé par Casanova, un ministre communiste, qui ne se souciera guère de ces gens, qui ont eu le privilège de découvrir le communisme stalinien.
Jean m'a rapporté que, pour se donner de l'espoir, le nom du Général de Gaulle fut souvent évoqué, notamment le jour, où il a traîné un camarade exténué dans la neige en l'encourageant avec des « viens on va aller chez De Gaulle !!! ». Après sa captivité, il répètera sans cesse : « De Gaulle nous a laissé crever en Russie !!! »
 
Ce n'est qu'en août 1945 que le premier train d'évacuation de Tambov arriva en France. Ces trains vont se succédèrent alors jusqu'en mai 1946. II y avait foule dans les gares, chaque fois qu'un train d'incorporés était annoncé. Les gens se précipitaient espérant retrouver un proche ou obtenir de ses nouvelles de la part de ceux qui revenaient.   
Aux joies des retrouvailles, se mêlaient les larmes, à l'annonce du décès d'un camarade à sa famille.
Madeleine se rendait régulièrement à la gare de Colmar dans l'espoir de retrouver Jean, son fiancé et Alphonse, son frère. La seule nouvelle de mon père reçue par la famille venait du lieutenant allemand de sa compagnie qui signalait sa disparition le 13 aout 1943.
Jean rentrera en octobre 1945, mais Alphonse ne donnera plus jamais signe de vie. Après mai 1946 les retours de Russie se faisaient au compte goutte et il en manquait encore beaucoup à l'appel. Le nombre de disparus sera énorme.
 
Plus tard un ancien camarade d’Alphonse donnera quelques informations qui ne pouvaient être transmis par courrier vu que celui-ci était surveillé. Il leur rapporta qu’Alphonse avait fait une tentative d’évasion. Il avait réussi à échapper à la surveillance des allemands pour rejoindre le cantonnement soviétique. Les soviets avaient dû le prendre pour espion car il avait été soumis à un interrogatoire au cours duquel il fut violement battu. Dans la nuit, alors que ses tortionnaires étaient saouls, malgré ses blessures, il avait accompli l’exploit de ramper hors des lignes soviets pour retourner, à contre cœur, du côté allemand.
 
 
Environ 26 000 malgré-mous ont été fait prisonniers ou se sont rendus, en s'évadant de l'armée allemande, surtout suite aux promesses par haut parleur ou tracts des soviets. On estime à plus de 17000 le nombre de disparus, dont la plupart a péri dans les goulags soviétiques, abandonnée par la France.
Nous ne saurons jamais combien de ces prisonniers survivants sont morts dans les horribles goulags soviétiques après la guerre. Ils disparurent sans traces,  parfois même après avoir envoyé, au début des années 50, un SOS par voie postale. Pendant des années, les familles garderont le secret espoir du retour d'un proche.
 
La majorité des malgré-nous sont rentrés entre d'août 1945 et mai 1946.
1600 rentrerons entre mai et fin de l’année1946,  237 reviendrons en 1947, puis il n’y aura que18 retours en 1948. Il en rentrera encore 4 en 1949, 1 en 1950, 18 en 1951, 4 en 1952 et 7 en 1953,
 
En 1955, 10 ans après l'armistice, Jean-Jacques Remetter, fut le dernier prisonnier à rentrer en France. En transit à Berlin, il apprit avec stupéfaction que la guerre était finie depuis 10 ans. Son parcours  particulièrement rocambolesque, révéla les horreurs  des goulags soviétiques. Après deux premières tentatives d’évasion, Remetter réussit la troisième en sautant d’un train en marche. Réfugié chez un paysan polonais avec lequel il participe aux travaux agricoles, il doit s’enfuir après avoir été dénoncé à la gestapo. Capturé par des partisans ukrainiens, il se trouva avec un autre déserteur alsacien, Alphonse Klinger, comme instructeur sur des armes allemandes récupérés. Les partisans ukrainiens combattaient à la fois les russes et allemands, cela leur laissait peu de chance de s’en sortir. Les alsaciens leur faussent compagnie et se feront capturer par des miliciens soviétiques. Les soviets refusèrent de reconnaître leur statut de français évadés de l’armée allemande. Après avoir été torturé pour leur faire avouer des caches d’armes partisanes qu’ils ne connaissaient pas, il seront condamnés aux travaux forcés, et cela , trois semaines après l’armistice.
Entassé avec 80 hommes dans des wagons à bestiaux, ils seront transférés à Tomsk en Sibérie. Au cours de ce voyage de 27 jours, la moitié des hommes meurent d’asphyxie et d’inanition. Dans un camp de 7000 bagnards, 5000 mourront au bout de quatre ans dont son ami Klinger. Après ces quatre années, il se trouva dans des mines de cuivre près de la frontière chinoise. Il y travailla 7 jours sur 7 dans des conditions épouvantables à 200 mètres sous terre. Accident, épuisement, malnutrition, la mortalité était énorme et des bagnards deviendront fous. Comme beaucoup, il devait sa survie en attrapant des rats.
 
Remeter fut témoin d'horribles massacres dans un camp constitué de dizaine de milliers de détenus, qui se sont rebellés. Il rapporta que les chars soviétiques encerclaient ces malheureux esclaves, qui réclamaient de meilleures conditions de vie, ou plutôt de survie. Chenilles contre chenilles, les chars écrasèrent tout sur leur passage. En quelques minutes, les allées du camp ne formaient plus qu'une sanglante bouillie humaine. Des faits comme celui-ci, qui fit des milliers de morts, sont connus par les spécialistes de l'histoire soviétique.
En 1953, après la mort de Staline, Remetter pu envoyer une carte postale par mois. Ses cartes restèrent sans réponse car l’immeuble où habitait sa famille avait été détruit par les bombardements alliés. Un jour, un facteur un peu plus curieux au vu de l’adresse de l’expéditeur, contacta l’Association des Évadés et Incorporés de Force (ADEIF) qui faisaient un énorme travail de recherche des disparus. Un dossier a été constitué, et il aura la chance d’aboutir, vu que la plupart des dossiers restait sans suite.
 
 

Triste bilan

Acteurs involontaires, obligés de défendre leur vie, les malgré-nous ont payé un lourd tribu dans cette abominable guerre.
Le bilan  approximatif pour ces 130 000 alsaciens et mosellans sera effroyable avec ses 42 000 tués ou portés disparus. Cela représente 30 % de l’effectif.
On recensa aussi 30 000 blessés dont 10 000 très grièvement.
 
On estime qu’environ 22.000 malgré nous ont été tués sur les différents fronts au sein de l’armée allemande. Les  autres étaient, soit fusillés en se rendant à l’armée rouge, ou mort dans les camps soviétiques.
 

Des soldats honteux

Ceux qui sont revenus du massacre sont rentrés meurtris et amers, portant de lourdes séquelles, suite à leur internement dans des camps soviétiques. Ils n'étaient plus que des loques humaines, d'un poids moyen de 42 kg. André Klein m’a rapporté que son père était dans un tel état de faiblesse qu’il ne pouvait plus marcher. Sa future femme l’a cherché en gare de Scherwiller avec une charrette. (feldkutche)
 
Leur calvaire ne s'arrêta pas là, car le retour en France fut encore une autre épreuve.
Placés sous le signe de l'incompréhension, de la suspicion et de l'accusation, ils subirent encore la terrible humiliation d’être assimilés, par certains, aux volontaires de la LVF, donc à des traîtres.
Au lieu d’excuses ou d’un minimum de compassion, les autorités françaises mirent en place une habile politique de culpabilisation envers ceux qui se sont sentis abandonnés par la France.
Il faudrait expliquer pourquoi ceux qui ont eu la chance de figurer sur la liste des 1500 hommes pour rejoindre l'armée française sont devenus des héros, alors que ceux qui eurent la malchance de ne pas y figurer et d’être honteusement oubliés par la France, sont considérés comme des traîtres.
Les soviets avaient établi la liste de départ en fonction de l'état de santé de leurs prisonniers et non en fonction de leur patriotisme envers la France.
 
 
Les malgré-nous ont été particulièrement diffamés par le parti communiste français, qui ne tolérait pas leur dénonciation de la politique de répression de l'URSS et les terribles souffrances subies dans les camps d'internement soviétiques. Très populaire à l'époque et bien représenté au gouvernement, le parti communiste les a fortement attaqués et les condamnait par avance, car il ne tolérait pas que l’on ternisse l'image que se faisaient les Français au sujet du paradis soviétique.
 

 

   


Fernand et René LIECHTY on échappé à l'incorporation de force du fait qu'ils résidaient hors territoires annexés.

 


 


Mystère autour de la tragédie d'Oradour

 

Le drame d'Oradour-sur-Glane a été l'objet d'un procès médiatisé qui fut une gifle pour l'Alsace et une aubaine pour le parti communiste pour culpabiliser et réduire au silence les malgré-nous qui témoignaient des horreurs vues ou vécues du côté soviétique. Le parti communiste a été jusqu’à exclure des membres qui défendaient les « malgrés- nous »

 

Ce drame a eu lieu le 10 juin 1944, jour ou des SS de la division « Das Reich », parmi lesquels se trouvaient des alsaciens malgré-nous, ont investi le paisible village d’Oradour pour y massacrer la population.

Après avoir  rassemblé les habitants présents dans le village pour un contrôle d’identité et les interroger, ils séparèrent les hommes des femmes et des enfants. Par petits groupes les hommes étaient emmenés dans différentes granges tandis qu’ils enfermèrent les femmes et les enfants dans l'église Les hommes regroupés dans différentes granges ont été fusillés et le village détruit. Les SS ont réservé une mort encore plus affreuse aux femmes et aux enfants en les asphyxiant à l’aide d’une boîte dégageant de la fumée, déposée sur l’autel. La boîte ne fonctionnant pas comme prévu les SS achevèrent les survivants à la mitraillette puis, jetèrent des matériaux incendiaires pour brûler l’intérieur de l'église.

 

Quant on s’intéresse de près au déroulement des opérations effectuées par les SS en cette sinistre journée, ainsi qu’aux témoignages de survivants ou en observant les vestiges et bien d’autres aspects, on se rend compte que la version officielle contient de nombreuses lacunes et contradictions.

Il n’est pas question ici de nier le terrible drame qui a secoué Oradour ce jour du 10juin 1944 en tuant 642 personnes, don 432 femmes et enfants innocents,  mais de poser des questions par rapport aux nombreuses contradictions que l’on trouve dans les différents récits et d’essayer de comprendre comment on en est arrivé là.

Si l’on nous cache des faits concernant le partage des responsabilités liées à ce drame, il n’est pas question non plus de chercher à discréditer la résistance. D’ailleurs, on ne peut qu’admirer et rendre hommage aux courageux hommes et femmes qui se sont battus et dont beaucoup ont laissés leur vie, subits des tortures, vécus des événements difficiles pour la libération de la France.

Dans cette analyse, il n’est surtout pas question de disculper les allemands.  Étant donné que l’officier Dieckmann (tué sur le front de Normandie) qui commandait l’opération d’Oradour devait être traduit devant un tribunal militaire allemand on peut penser qu’il y a eu une ou plusieurs bavures côté allemand.

 

Oradour est un sujet sensible et il est très incorrect de dévier d’un poil de la version officielle. Pourtant le lieutenant-colonel Georges Guingoin qui joua un rôle de premier plan dans la résistance française, à la tête des maquis du Limousin et militant du Parti Communiste Français a déclaré : « Ne jamais considérer comme vérité certaine ce qui est affirmé avec la plus grande autorité. Faire avant tout acte de réflexion ».

Après la guerre, le gouvernement publia une brochure « Terreur en France ». Cet ouvrage soulève la connexion nette entre la Résistance et les représailles.

Curieusement à page 65 on peut lire. « Le massacre d’Oradour devait être détaché du contexte historique et intégré a une mise en scène dramatique... » ???

 

 

Pour l'opinion publique française, à Oradour, de  jeunes alsaciens, accusés d’être des collaborateurs et hommes de mains des nazis, sont devenus des tueurs de femmes et d’enfants. L’étaient-ils vraiment ?

Aujourd’hui encore on vend des plaquettes diffamatoires à l’égard d’alsaciens « soi-disant incorporés de force » Des passagers de voitures immatriculées dans le 67 et 68 se font traiter de «sales boches».

Pourtant les alsaciens, eux-mêmes victimes du nazisme, ne purent que condamner les exactions de la division SS « Das Reich » et avoir de la compassion pour ce village martyr.

 

Question de bon sens.

La première question que l’on pourrait se poser est de savoir, pourquoi  les nazis, s’ils avaient l’intention de massacrer la population, n’ont-ils pas tout simplement mitraillés tout le monde en même temps ? Pourquoi avoir choisi un édifice religieux pour y asphyxier des femmes et des enfants à l’aide d’une mystérieuse boite dégageant de la fumée ?

Les nazis se montraient très féroces envers tous ceux qui s’opposaient à eux mais, en France, ils ont toujours épargné femmes et enfants sauf les femmes impliquées dans la résistance.

Lorsque des zones de combat concernaient une agglomération, tant qu’ils le pouvaient, les allemands évacuaient les civils. Lors d’un encerclement comme par exemple à Petite Raon dans les Vosges  les civils étaient mis à l’abri dans l’église. (Journal des combattant n°2680 du 16 décembre 2000 )Ayant essuyé des tirs de maquisards à leur arrivée les soldats du détachement SS craignaient constamment une contre attaque plus importante du maquis. On peut donc émettre l’hypothèse qu’à  Oradour les femmes et les enfants avaient été mis à l’abri dans l’église pour cette raison comme le prétend la version allemande.

 

L’histoire officielle nous dit qu’Oradour était un paisible village sans résistants. Sur ce point, il aurait fallu que les tenants de la version officielle se mettent d’accord. Alors que Mr Pauchou déclarait lors du procès qu’il n’y avait pas de résistant à Oradour ni dans un rayon de 20km, d’autres se sont vantés d’avoir été résistants à Oradour. Ainsi monsieur Borie, un maquisard de la 2409e compagnie FTPF déclarait dans le journal « Paris-Match » du 23 juin 1994 que non seulement il était présent à Oradour, mais qu’à l’arrivée des «boches » son premier réflexe était d’aller chercher des renforts. Dans son récit il signale même entendre des crépitements de mitraillettes. Ses compagnons maquisards avaient ouvert le feu sur les allemands, sans attendre l’arrivée de renforts.

En arrivant sur Oradour, près du carrefour du Puy Gaillard, les SS ont découvert deux ambulances allemandes enlevées par le maquis. Les véhicules ont été incendiés et les occupants brûlés vifs, le corps entravé par du fil de fer.

Une équipe de secours de la Croix Rouge Française a confirmé que ce convoi sanitaire allemand incendié avec ses occupants était encore en place à l'arrivée des équipes de secours.


 

Pourquoi les nazis sont t-ils venus à Oradour-sur-Glane ?

 

Les SS n’auraient  jamais eu un quelconque ordre d'anéantir Oradour et sa population. Aucune preuve n'a pu être apportée à ce jour

L’ordre de mission de Diekman était de se rendre à Oradour pour libérer un officier, Helmut Kämpfe, capturé par le maquis et en cas d’insuccès de faire des prisonniers pour les échanger au cas où Kämpfe n'était pas retrouvé.

Par ailleurs, les allemands avaient reçu des informations de la part de miliciens français qu’Oradour était « un nid de maquisards » et qu’un officier allemand y serait mis à mort. 

 

Dans les récits officiels il n’est pas question de la présence d’un officier prisonnier à Oradour. Cependant,la capture de Kämpfe par le maquis est relatée par plusieurs écrits  dont celui du lieutenant-colonel Georges Guingoin lui-même. (Bulletin n° 44  des Amis du Musée de la Résistance de la Haute-Vienne.)

 

Lors du rassemblement de la population, Diekman a demandé au maire de lui désigner 30 maquisards et non des otages. Cela a été confirmé dans le livre de R. Hébras qui  relate qu'un chef maquisard a été libéré à Limoges par les Allemands pour négocier avec les maquis l'échange de Kämpfe contre 30 résistants capturés et une somme d'argent. Ce fait a été confirmé par le commissaire Hugonnaud  lors du procès de Bordeaux.

Les Allemands libèrent-ils un chef maquisard pour négocier la libération d’un officier et décident de massacrer les otages et toute la population sans attendre la fin des négociations ? Cela n’a pas de bon sens.

 

 

Le terrible drame de l’église

 

Marguerite Rouffranche, seule survivante du massacre de l’église est le témoin clé. Dommage que les récits successifs de son évasion (on en trouve au moins sept) divergent sur de nombreux points (et pas seulement sur des détails) la rende un peu moins crédible, d’autant plus qu’aucun cascadeur, jusqu’à ce jour, n’a essayé de reproduire son double saut acrobatique qui lui a permis de s’extirper hors de l’église.

Dans le récit de P. Poitevin, Madame Rouffanche affirme par deux fois que la curieuse caisse à fumée dans l'église n'a pas explosé. Par la suite, chez les auteurs Pauchou et Masfrand, elle dit le contraire.

 

L'observation attentive de l'église, pourrait faire pencher vers la version de l’explosion.

L’absence de traces d’incendie sur le mobilier en bois (confessionnal, autel etc.) dans les chapelles latérales, leur conservation intacte près de cet immense brasier n'a jamais pu être expliquée.

 

Dans la première édition de son livre, Mr Poitevin a incéré une photo de la voûte du clocher effondré qui montre que le clocher a subit une explosion. Pourquoi cette photo a, par la suite, définitivement disparu de toutes les publications ?

 

Sur recommandations d'un Ministre de l'époque, les ruines d'Oradour devaient rester en l'état tel que trouvées le soir du 10 juin 1944.

Pourquoi cette voûte a été reconstruite en cachette ? Aucune pancarte ne l'explique aux centaines de milliers de visiteurs.

L’état des cloches et de la croix faîtière fait penser à une explosion au dessus de la voûte.

 

 

Témoignage de survivants

 

Dans le livre de Pierre Poitevin, édité le 15 octobre 1944, page 202, monsieur Hebras affirme

« ... j'entends alors une violente détonation venant du bourg. On eut dit l'explosion d'une  bombe. Les SS ouvrirent alors le feu sur nous avec toutes leurs armes pendant une demi minute environ ». (Monsieur Hebras se trouvait à ce moment dans la grange Laudy).

De même qu’un autre rescapé, Marcel Darthout déclara « Nous avons perçu le bruit d'une détonation venant de l'extérieur, suivi d'une rafale d'arme automatique. Aussitôt, sur un commandement bref, les six allemands déchargèrent leurs armes sur nous ».

Madame Lang précise dans son témoignage, dans le livre de Pauchou et Masfrand « Un bruit épouvantable éclate en direction de l'église qui était à quelques dizaines de mètres de nous. Détonations sur détonations se succèdent, suivies d'une immense clameur et de cris effrayants. Les mitrailleuses crépitent».

 

Témoignage de malgrés-nous 

 Déclaration de Fernand Giedinger à son avocat :

« Nous avons entendu tirer à une distance d'environ 400 mètres et cela ne nous a pas particulièrement émus parce que nous avions déjà fait des exercices de Panzer et des exercices de tirs réels.

Un homme de liaison, un sous-officier, passait de temps en temps pour demander si quelque chose d'anormal s'était produit. Nous pensâmes qu'il s'agissait d'un exercice de tirs. Nous n'avons changé d'avis qu'au moment où l'explosion s'est produite à l'église et où nous avons vu que l'église et ensuite tout le bourg se trouvaient en flammes. C'est alors que chacun de nous a compris qu'il se passait quelque chose d'anormal(…) »

 

Dans sa déposition du 6 /2/1948 Henri Weber témoigne :

« Lorsque nous étions en position de combat derrière l'église (150m), dans les champs, nous avons entendu, une heure plus tard environ, le bruit d'une forte explosion, suivie de cris de douleurs poussés par des femmes et des enfants. Puis, quelques minutes après, un seul coup de feu. À la suite de ce coup de feu, les mitrailleuses légères ont tiré des rafales saccadées dans le village. »

Ailleurs il rajoute : On croyait qu’il y avait des maquisards à l’intérieur du village qui faisait la guerre » (Revue « Franc-tireur » janvier 1953)

 

Donc d’après ces témoignages, de violentes détonations se seraient produites dans l’église. Se pourrait-il que le clocher de l’église ait servi de dépôt de munitions à la résistance et que ces munitions auraient explosé ?

 

 

Le massacre des hommes dans les granges

 

Surpris par des détonations successives, les SS stationnés dans les granges pensent immédiatement à l’attaque du maquis qu’ils craignaient. Ils appliquent immédiatement l’ordre Sperrle du 3 janvier 1944 et tirent sur les hommes.

 

La destruction du village

Lors des perquisitions, maison par maison, les SS auraient trouvé la plupart des caches d’armes, notamment derrière les lourdes cuisinières de fonte. Le village sera incendié et les dépôts clandestins explosèrent les uns après les autres.

 

 

Sur cette affaire, de nombreuses zones d’ombre subsistent et les archives d'Oradour-sur-Glane ne seront ouvertes qu’en 2044.

Entre les versions qui présentent  Oradour comme un paisible village victime de la barbarie nazie et les versions qui vont jusqu’à prétendre que les maquisards sont entièrement responsables du drame de l’église en relatant même que des femmes prétendent avoir été sauvées et extraites de l’église par des soldats allemands, où est la vérité ?

 

Le procès de Bordeaux

Après huit ans d'instruction bâclée, ce procès comportait d’incroyables lacunes. Aucune expertise des vestiges n'avait été faite, ni d'expertise sur l’état des victimes. Des témoins importants n'ont pas été sollicités, ni cités à comparaître. Les survivants n'ont pas été systématiquement recherchés, certains s'étaient manifestés durant le procès.

L'anomalie la plus flagrante reste cependant l'absence des officiers responsables du massacre alors que quatre étaient toujours en vie.

Aucun effort ne fut engagé pour les extrader ni pour obtenir leur déposition. Le tribunal refusa d'entendre l'ex-lieutenant colonel Weidinger, qui, sans être impliqué dans le massacre, avait assisté, avec le juge Ockrent,  à l’audition du rapport d'opération de Dieckmann à Oradour.

Le général Lammerding qui commandait la division « Das Reich » s’est mis à la disposition de la justice allemande  pour témoigner sur l’affaire d’Oradour mais demandait un procès équitable dans un pays neutre comme la Suisse.

Les témoignages d’officiers allemands difficilement manipulables auraient-ils été gênants ? Risquaient-ils de donner une version différente des faits ?

 

En Alsace on n’appréciait pas ce procès qui ne jugeait  que des « sous-fifres » dont 13 malgré-nous

 

Ce procès grotesque n'était donc dirigé que vers des exécutants car aucun d’eux n’avait de grade pour donner un ordre quelconque.  Ainsi, se retrouveront sur le banc des accusés, 8 allemands et 14 alsaciens (dont 13 incorporés de force), La majorité des accusés, encore mineurs à l'époque, n’étaient pas directement impliqués dans le massacre vu qu’ils étaient  postés à la périphérie du village. Aucun d’entre eux n’était impliqué dans le drame de l’église.

 

Pour ce procès, le Parlement avait voté une loi d'exception, connue sous le nom de loi Oradour qui  instaurera, entre autres, la responsabilité collective. Ce qui veut dire « si ce n’est pas toi, c’est donc quelqu’un des tiens », cela rappelle une fable de La Fontaine, introduite par : « la raison du plus fort est toujours la meilleure »

 

Certains accusés alsaciens avaient déserté plus tard sur le front de  Normandie et ont témoigné spontanément sur l'affaire d'Oradour. Mais leur récit se modifiait à fur et à mesure que l’on approchait de la date du procès. La version des maquisards communistes qui avait déjà depuis longtemps fait le tour de France et de Navarre était devenue la version officielle immuable, plus aucune contestation n’était admise. De toute façon, au début, des témoins alsaciens se sont facilement prêtés au jeu, profitant de l’occasion pour se venger des allemands. Hélas, ils ignoraient que le piège allait se refermer sur eux, ignorant que du statut de témoins ils allaient finir sur le ban des accusés.    

 

Avait-on affaire à des fanatiques SS ?

Avant leur incorporation ces jeunes n'avaient pourtant rien qui pouvait les faire ressembler à de fanatiques nazis. L'un d'eux a eu un frère fusillé pour avoir refusé l'incorporation. Un autre avait participé à des sabotages et faisait partie d'un réseau de résistants en Alsace.

Un troisième avait un cousin qui s'était enfui avant la convocation à la mobilisation et son oncle et sa tante avaient été déportés en Silésie. Les parents d'un quatrième avaient été internés au camp de Schirmeck et la famille d'un cinquième avait quitté l'Alsace avant la guerre et, revenue pour chercher quelques affaires, avait été piégée, empêchée de retourner en France non annexée, etc...

Plusieurs ont déserté, après Oradour et se sont engagés dans les Forces Françaises Libres pour participer à la campagne d'Alsace et deux d'entre eux termineront la guerre d'Indochine (l'un d'eux avait même obtenu la croix de guerre).

 

Une sentence insoutenable

Comme il fallait des coupables, ces malgré-nous ont été condamnés à des peines allant de 5 ans d'emprisonnement à 8 ans de travaux forcés.

En Alsace on n'accepte pas cette sentence. Des affiches dénonçant ce procès inique sont collées. Les cloches sonnent le glas et les sirènes mugissent dans les villages. Les gens se parlent dans la rue et des drapeaux sont mis en berne. Des livrets militaires et des décorations sont déposés dans les commissariats, des officiers de réserve adressent leur démission à leur commandant militaire. L'association des maires du Haut-Rhin se réunit et décide la grève administrative. Tous les parlementaires, sauf le député communiste, se réunissent à la Préfecture du Bas-Rhin. Les monuments aux morts sont voilés de crêpe et 5 à 6000 élus manifestent dans les villes. Des arrêts de travail ont lieu dans toute l'Alsace et des commerçants baissent leur rideau. A Strasbourg, les autonomistes planteront un drapeau alsacien sur la place Kléber, et les gouvernements de l'époque n'aimeront pas ça du tout et ce sera l'affolement à Paris. Le Président du Conseil reçoit les parlementaires alsaciens pour discuter d'un projet d'amnistie à l'Assemblée et au Sénat. Rapidement les treize condamnés sont libérés et conduits discrètement de Bordeaux jusqu'en Alsace.

Les accusés étant graciés mais pas disculpés, une révision du procès a été demandée, sans résultat.

Par la suite, aucun des accusés ayant comparu n’a pu être interrogé sur le drame d’Oradour, il leur était interdit de rencontrer des journalistes. Même d’autres « malgrés-nous » anciens compagnons d’armes n’ont pu les approcher à ce sujet. On peut supposer qu’ils se sont engagés à « garder un silence absolu » en échange de leur libération.

 

On avait aussi reproché aux accusés de ne pas avoir déserté avant d'arriver sur le front. Certains l'ont tenté et d'ailleurs, un ancien maquisard est venu témoigner, qu'il avait été contacté dans un café par un alsacien de la division « Das Reich », qui lui demandait des papiers et des habits civils.

Les alsaciens ne pouvaient même pas déserter en toute sécurité sur le sol français. Avant Oradour, des déserteurs alsaciens de la division « Das Reich », furent cueillis par la milice française pour être remis aux autorités allemandes. Des cas similaires, se sont produits, ailleurs, en France.

Ceux qui ont déserté l’ont fait lorsque les circonstances étaient favorables, lorsqu'ils se sont trouvés sur le front,  face à une armée régulière. En disparaissant sur le front  ils pouvaient être supposés tués ou faits prisonniers et ainsi ils évitaient les représailles nazies envers leur famille.

 

En Alsace, on comprenait la colère des habitants limousins mais les manipulations de l’opinion ont fait en sorte que leurs colères soient dirigées contre les alsaciens. Aujourd’hui encore, à l’occasion de visites d’élus à Oradour, la presse se fait écho de propos affligeant et provocateurs envers ces infâmes alsaciens qui ont porté l'uniforme allemand. Ces journalistes avaient-ils la moindre idée du poids de la dictature nazie en Alsace ?

Les alsaciens considérés comme des « boches » n'avaient pourtant jamais mis en place de milice pro-allemande ni de légion de volontaires comme ce fut le cas de la France de Vichy et de la France occupée. Le taux de collaboration en Alsace annexée n'était pas supérieur à celui de la France occupée. Les déserteurs alsaciens mosellans ont  donné naissance à « La Brigade Alsace-Lorraine ». Forte de 1200 hommes, elle était très active dans les combats pour la libération de la France et de l’Alsace en particulier.

 

( A suivre )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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